Le Fô’o : Un concept Bamiléké

mardi, mai 12, 2015

 

Le Fo ‘ô est assimilé au roi de part son pouvoir héréditaire et à vie qui émane de Dieu. Tout est basé sur les croyances dans le monde des esprits, ceux des ancêtres qui voient tout, qui entendent tout, qui ont la capacité d’influencer positivement ou négativement la vie sur terre, et qui veillent à ce que personne ne s’en écarte.

Le Fo ‘ô est aussi perçu comme un père, il a donc à faire à ses enfants et non à des sujets. Ce qualificatif de père, loin d’être péjoratif, traduit un lien affectif intense entre un père et sa grande famille qu’est la communauté dont il a la charge.

Sa Majesté Djombissié Yves KamgaSa Majesté Djombissié Kamga Yves
Sa Majesté Kamga David, fresque de Kuete MiterandSa Majesté Kamga David,
fresque de Kuete Miterand
Le FO ‘O : incarnation du tout et du rien

Dans le vocable Bamiléké, on dit que le Fo ‘ô est « tout », pour exprimer le fait qu’il constitue la moelle épinière de la communauté. En ce sens, il est non seulement le centre de vie, mais aussi de vitalité. C’est lui qui donne vie au corps social, tout comme c’est lui qui imprime la dynamique de développement à ce corps social.

Pour comprendre le sens que les bamilékés donnent au mot « rien » quand il s’agit de qualifier le Fo ‘ô, il faut se référer à l’organisation du système de gouvernance des royaumes bamilékés. Sans véritablement parler de délégation de pouvoir, le Fo ‘ô s’appuie sur sa notabilité pour exercer le pouvoir qu’il détient de Dieu. C’est l’illusion que donne le transfert de pouvoir à la chaîne de notabilité qui fait dire que le Fo ‘ô n’est rien. Il s’agit bien d’illusion parce que la nature du pouvoir divin que détient le Fo ‘ô ne permet pas sa transférabilité.

Dans la mesure où le Fo ‘ô est perçu comme le père de la grande famille que constitue la communauté, tous les biens de chaque membre de cette famille sont aussi les siens ; pas forcément pour qu’il en fasse usage, mais pour qu’il garantisse le droit de propriété et de jouissance à son détenteur qui, conformément à la tradition, ne saurait refuser quoi que ce soit à son Fo ‘ô. C’est cette disposition psychologique, faisant qu’aucun membre de la communauté ne puisse rien refuser au Fo ‘ô, qui fait dire que tout lui appartient. Dans le même temps, toutes les réalisations au bénéfice du palais sont faites par la communauté qui considère ce lieu comme un bien communautaire qu’elle a le devoir de faire vivre. Bien que le Fo ‘ô en jouisse, il n’en est pas propriétaire. C’est ce qui fait dire que le Fo ‘ô n’a rien.

En d’autres termes, le Fo ‘ô a tout, parce que le patrimoine de la communauté est sous son influence, et en même temps il n’a rien, parce qu’il n’existe pas en tant qu’individu, mais en tant qu’institution dont le patrimoine appartient à la communauté. Nous pouvons illustrer cela en faisant référence à la création du marché dans l’enceinte dénommée Camp Kalam. Nous reprenons dans l’encadré les propos de Sa Majesté Kamga David recueillis par David Nouwou. Sous la pression démographique, des constructions d’habitations privées ont été autorisées par la chefferie supérieure.

Marché de Fondjomekwet, enceinte du Camp KalamMarché de Fondjomekwet,
enceinte du Camp Kalam

Sa Majesté Kamga David précisait en 1990 :

« Le marché et les environs constituent ce qu’on appelle Fiala, c’est à dire le domaine de la Chefferie Supérieure du village. Par conséquent c’est un domaine public. Ce terrain n’appartient même pas au chef que je suis. Je n’assure que la garde de ces lieux qui appartiennent à tous les Fondjomekwet sans distinction. Je ne peux pas permettre qu’un fils du village isolé vienne construire sa résidence privée ou de retraite sur un terrain qui appartient à tous ses frères. Ce serait injuste pour moi. Chaque enfant appartient de loin ou de près à une famille qui possède de l’espace dans le quartier.

Toutefois j’ai laissé entendre à plusieurs occasions qu’on pouvait y construire toute sorte de maison, pourvu qu’elles soient aux fins commerciales ou sociales. Ce genre d’initiatives, pourrait profiter à tous. Je réitère que tout ce qui est d’utilisation publique est bienvenue à Kalam. Cela embellirait davantage ce centre qui donne le premier visage aux visiteurs qui arrivent chez nous. Vous voyez que ceux qui sont aujourd’hui installés autour du marché suivent bien cette logique. Chacun peut en faire autant.»

Ce texte a été rédigé par Sa Majesté Djombissié Kamga Yves avec la collaboration de David Nouwou, Yves Wamba.

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