Le Palais royal de la chefferie de Fondjomekwet

samedi, mars 14, 2015

 
 Bibliothèque de FondjomekwetBibliothèque de Fondjomekwet.

À Fondjomekwet, les bâtiments les plus anciens de la chefferie datent environ des années 20, car cette chefferie a brulé lors des guerres d’indépendance. Les nouveaux bâtiments de facture récente ont été construits en terre crue recouverts parfois d’enduit ciment et certains bâtiments plus récents, comme la bibliothèque, sont construits en parpaings. Tous les toits sont coniques (symboles du pouvoir).

Si certaines chefferies bamilékés ont pu garder, ou reconstruire, leur patrimoine immobilier traditionnel, (grande case typique de l’architecture bamiléké dont les murs sont construits en raphia noué et les piliers en bois sculptés portent un toit conique recouvert de chaume), le Fo’o actuel mise sur une rénovation progressive qui respecte l’esprit des lieux.

C’est ainsi que les bâtiments les plus importants ont pu être décorés par des peintures murales valorisant le patrimoine bamiléké. A Fondjomekwet, toutes les pistes du territoire de la chefferie regroupant 11 villages convergent vers le fiala, domaine publique de la chefferie supérieure du village, qui regroupe la place du marché et ses environs.

Sur la place du marché se trouve l’entrée principale de la chefferie composée d’un bâtiment décoré de fresques et recouvert de 28 toits coniques. Cette forme de toit symbolise l’accès dans une chefferie traditionnelle ou dans une concession d’un grand notable ou d’un prince.

Disposé de part et d’autre d’une allée descendant de la place du marché au centre de la chefferie, le village des femmes est protégé, comme tous les lieux saints et sacrés, par une rangée d’écorces de fougères arborescentes. Les appartements privés du Fô’o, son bureau se trouvent autour de la cour royale dont les accès sont réservés. Plusieurs issues permettent de rentrer directement dans la forêt sacrée abritant les cases des sociétés coutumières.

Comme toute les chefferies de l’Ouest la cour royale est entourée de forêts sacrées au sein de laquelle on trouve les cases de réunion des associations coutumières.

Cour intérieure du palais.Cour intérieure du palais.
 Logement cour privée du Chef supérieurLogement cour privée du Chef supérieur.
Architecture et pouvoir ou la conception du haut et du bas dans la culture bamilékée : (1)

Dans la culture bamilékée, les qualificatifs de “haut” et de “bas” sont historiquement chargés de symboles. En effet, au sein d’une chefferie, ce sont les sites les plus élevés qui sont privilégiés pour les pratiques d’activités de sorcellerie se référant à des divinités maléfiques. En conséquence, ces territoires faisaient référence à l’impureté, à la souillure.

A l’opposé les guérisseurs, qui invoquaient les divinités bénéfiques, habitaient dans les parties les plus basses. Ces territoires évoquaient le bien, la jeunesse, la pureté.

Compte tenu de ces représentations de l’espace, qui ont contribué à la création des paysages culturels bamilékés, le Palais royal - demeure du chef supérieur - ne pouvait qu’être construit dans des contrebas. Ce choix topographique contribuait ainsi à exprimer le pouvoir et l’autorité du chef supérieur sur l’ensemble de la communauté. A l’inverse, et en signe d’allégence au pouvoir central, les populations les plus pauvres détenaient leurs concessions sur les hauteurs. Les notables, selon leur importance, avaient des maisons qui se situaient dans le bas fond autour de la chefferie, ou sur les contre-bas.

Ainsi, comme dans les villes modernes au sein desquelles on peut le plus souvent observer une ségrégation sociale à travers la présence de quartiers riches et pauvres, le site d’habitation d’une personne était traditionnellement lié a son statut dans la société. Ce constat est à l’origine du dicton bamiléké : «Montre moi où tu as bâti ta maison et je te dirai quelle place tu occupes dans la société».

Actuellement, à Fondjomekwet comme dans les autres chefferies de l’ouest, ce rapport à la topographie a évolué. Les notables et princes qui construisent des maisons importantes cherchent le plus souvent des terrains dégagés avec une belle vue, leurs demeures sont donc situées en hauteur.

Concept de haut et de bas et conduite des individus à l’intérieur de la concession :

Compte tenu de la configuration de la région des grassfields, ou vivent les bamilékés, chaque concession a une exposition vers le bas et une autre vers le haut. Lors des cérémonies, le côté tourné vers le bas est occupé par les personnes de hauts rangs (Chefs, notables, riches propriétaires, etc.) tandis que le côté tourné vers le haut est réservé au reste de la population. Dans n’importe quel rassemblement, observe Malaquais, "les hommes importants s’asseyaient toujours en bas, c'est-à-dire le plus près, fût-ce symboliquement, de la partie inférieure du complexe ". Ces observations ont conduit Malaquais a exprimer la relation entre conception de l’espace, site d’habitation et position sociale de l’individu : « Tu es ce que tu construis. »

Palais Royal de Fondjomekwet.Palais Royal de Fondjomekwet.
Marché de Fondjomekwet.Marché de Fondjomekwet.

(1) Les informations présentées dans ces deux derniers paragraphes sont extraites de l’ouvrage de Dominique Malaquais : Architecture, pouvoir et dissidence au Cameroun. Paris: Karthala, 2002, 400pp.

One comment

  • Eliane DJEMGOU

    Un grand merci à sa majesté pour cette réinvention de la tradition dans la chefferie Fondjomekwet. La population pourra à la fois consulter les ouvrages à la bibliothèque et en même temps visiterons la chefferie qui était réservée au nobles et à la familles royales.

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